Manuel du combattant libéral

Je viens de lire l’excellent article de Pascal Avot dans Contrepoints sur les trotskistes. Et je suis parfaitement d’accord avec ce qui y est dit. Pour avoir affronté des extrémistes de droite dans ma jeunesse, je peux maintenant combattre pieds à pieds les extrémistes de gauche. Et voici comment.

C’est une guerre, une guerre sans fin, perpétuelle. La mère de toutes les guerres :

La Guerre de la Pensée. 

Elle ne fait pas de victime, il n’y a pas de mort, pas de dégâts collatéraux, pas de mères en pleures, non, rien de tout ça.

Mais perdre cette guerre reviendra à avoir tout ça, perdre cette guerre aura pour fâcheuse conséquence d’avoir la guerre, la vraie.

La plupart du temps, cette guerre a lieu dans les soirées, les repas, les discutions entre amis. J’ai eu souvent des conversations avec ma compagne qui me reprochait d’exprimer publiquement mon appartenance au libéralisme. Nos ennemis ont bien travaillé ; dire qu’on est libéral est maintenant honteux, une tare. Alors que nos ennemis n’ont pas peur de se dire Communistes (60 millions de morts) ou Fascistes (40 millions de morts).  Cet argument a fini par la convaincre que j’avais raison d’exprimer mon attachement à la liberté et même si elle n’aime toujours pas quand je m’exprime publiquement, elle me laisse faire.

Nous autres libéraux pensons à tord ou à raison que tous les êtres humains sont libres et égaux dans leurs différences. Et c’est bien là notre problème : nous reconnaissons une pleine valeur argumentaire à nos ennemis, même si balayons leurs arguments par « C’est n’importe quoi ! ». Eux, ne lâcheront rien, eux n’aiment pas la démocratie.

Voici donc une série d’arguments et de techniques que j’ai développé au cours de mes joutes verbales d’abord contre les fascistes (années 1990) puis contre les collectivistes (maintenant) avec plus ou moins de succès (sous plus que moins).

1 – Ne vous attendez pas à un dialogue poli.
Méfiez-vous, le point Godwin est rapidement atteint, c’est même une de leur arme favorite.
J’ai eu la surprise d’entrendre un jour « Si je comprends bien, tu es nazi ».  WTF ?! Un socialiste me dire ça !!  Je n’avais plus d’argument, terminé. Tout ce que j’avais dit se volatilisa. J’avais perdu de la manière la plus honteuse.
Maintenant, je réponds quelque chose comme : « Il me semble que dans national socialisme il y a socialisme non ? » avec pour réponse « Oui, mais c’est pas pareil ! » (notez bien la haute tenue de l’argument), je  le tiens, bientôt le hallali.
Arrêtez de penser qu’il faille s’adresser au cerveau des gens, il faut s’adresser à leurs tripes. Par exemple contre un fasciste à qui je disais que j’étais contre la peine de mort, il me répondit : « Oui, mais si c’était ta fille ? » j’ai répondu « Ce n’est pas ma fille. Il ne faut pas confondre vengeance et justice »

2 – Comprenez vos ennemis
M. Avot dont j’ai parlé en introduction le fait très bien sur Contrepoints. Je ne reviendrais pas dessus, c’est excellent.
Il faut connaître les arguments de ses contradicteurs, ne pas les découvrir au moment de leur venus. Dans ce cas, il vous faut simplement réfléchir dessus plus tard.  Il faut parfois les écouter sans réagir (je sais, c’est dur).

3 – Penser vite et fort
Vous allez me dire que c’est une évidence, mais pas tant que ça. Dans une soirée, il y a de l’alcool. Si vous en buvez, abstenez vous. Vous êtes en milieu hostile et vous avez besoin de l’intégralité de votre cerveau.
Un truc que j’utilise souvent, c’est de me balader avec un verre d’alcool et de ne pas y toucher ou par très petites gorgées. Comprenez bien que l’alcool rend con et qu’il désinhibe.

4 – Si vis pacem, para bellum.
Tournez et retournez dans votre esprit les précédentes batailles. Étudiez leur point fort (important). Étudiez vos points faibles (encore plus important). Créez vous des arguments simples mais percutants.
Le principe de base est d’utiliser les temps morts de sa vie (transports en général) pour laisser son esprit tourner sur les arguments des collectivistes.
N’utilisez jamais des arguments qu’on ne puisse pas dire en une seule phrase, deux grand maximum.
Tournez et retournez les conversations en esprit. Tôt ou tard, une fulgurance apparaîtra.
Pour vous en convaincre regarder les discours de feu Mme. Thatcher au parlement. C’est juste brillant :

Notez aussi la façon dont elle utilise son pouce et son index pour exprimer la différence entre les pauvres et les riches. Elle pourrait faire référence à la taille du sexe de son adversaire de la même manière… 🙂
5 – Décrédibiliser vos adversaires
Je ne vous parle pas de tenir une argumentation en 25 chapitres, non, plus ça va vite, mieux ça vaut.  Par exemple face à un écolo-bobo j’aurais tendance à lui asséner « Même le pétrole est d’origine naturel, tout comme l’Uranium ».
L’excellent H16 vous donnera énormément d’arguments dans ses articles, notamment dans ses gimmicks. « Clowns à roulettes », « Les bisounours du gouvernement », etc.  À vous d’inventer aussi les vôtres.
Autres types d’arguments (un peu facile, je l’admets) : « Ça pourrait être pire.. (ici attendez qu’on vous demande quoi)…  on aurait pu voter François Hollande !  » qui va immédiatement par un trait d’esprit mettre votre adversaire dans les cordes.

6 – Les attaques Ad Hominem sont permises
Ben oui ! C’est permis. Ils le font, on peut le faire.
On peut attaquer une personne sur ce qu’elle est ou ce qu’elle semble être. L’idéal étant bien sûr des morceaux de nourritures sur votre adversaire (ça arrive à tout le monde). « Tu as un morceau de gâteau là ». Je sais, c’est petit, tout petit, mais hop ! Circulez ! Y’a rien à voir ! Surtout quand tout le monde entendra le « Merci » de politesse qui est un acte naturel.
Un autre type d’attaque que j’utilise consiste à regarder les mains de ses interlocuteurs sans rien dire et sans l’écouter (en apparence). Souvent les collectivistes viennent des professions intellectuelles, fonctionnaires pour la plupart. Moi, je viens du monde ouvrier, j’ai les mains ravagées par le travail (cicatrices, épaississement, il me manque un bout de pouce sur le côté). Et souvent je conclu par : « C’est bizarre, tu n’as pas trop les mains d’un ouvrier, parce que si tu regardes les miennes… »
Très souvent, l’argument fait mouche, parfois au delà même des espérances. J’ai utilisé cette méthode avec succès contre des mélanchonistes acharnés. Les spectateurs de la bataille constatent qu’effectivement, quelqu’un qui parle du monde ouvrier sans en avoir les stigmates ne savent pas vraiment de quoi ils parlent, alors qu’un ancien ouvrier qui parle de libéralisme…
Bien sûr si vos mains ne sont pas des mains d’ouvrier, admettez-le avant même qu’on vous fasse la remarque.
Attention toutefois, ce genre d’argument qui est la véritable faille de leur armure les rend hystériques et peuvent se mettre très en colère.

7 – Usez et abusez du « Oui mais… »
C’est une technique un peu délicate à maîtriser. Cela consiste à prendre la faille dans l’argumentaire et de la retourner contre votre adversaire sous la forme d’une question. Par exemple :

  • Le collectiviste : « Les patrons sont des exploiteurs »
  • Vous : « Oui, je suis d’accord, mais qu’est-ce que tu proposes ? »
  • C : « Il faut protéger les ouvriers contre eux »
  • V :  » Oui, d’accord. Mais qu’est-ce qu’on peut y faire »
  • C : « Il faut les contrôler plus, les empêcher de faire ce qu’ils veulent »

Vous connaissez maintenant la direction à prendre et c’est le collectiviste qui vous donne les clefs de sa défaite.

8 – Moquez vous de vous même
Les libéraux n’ont pas bonne presse. Je dis souvent : « Oh tu sais ! Si je te dis mon appartenance politique, tu vas m’arracher les yeux et me traiter de mangeur d’orphelins ».
Grossissez le trait le plus possible, jusqu’à ne plus être crédible.
Vos interlocuteurs vont s’en apercevoir et comprendront en un instant que ce ne peut être la vérité.

9 – Apprenez des autres libérauxUne fois l’adversaire à terre, il suffit juste de dérouler la philosophie libérale classique. Il suffit alors de décocher les flèches que d’autres vous ont données.

Exemple d’arguments que vous pouvez utiliser à tout bout de champs (si si, cadeau) :

  • « Libéral aux États-Unis, c’est être de Gauche, Obama est libéral »,
  • « Les libéraux ont fait trois quatre trucs : La révolution Américaine, la révolution Française, La déclaration des droits de l’Homme. Enfin des broutilles quoi ! » (un de mes préférés),
  • « La racine de libéral est liberté ; Si tu es contre le libéralisme, tu es contre la liberté »,
  • suivi de « Ultralibéral ça veut dire quoi ? Ultra libre ? C’est stupide »
  • « Même le pétrole est d’origine naturel, tout comme l’Uranium », (pour les écolos)
  • « Ça pourrait être pire, on aurait pu voter François Hollande »,
  • « Il y a un truc tout bête que tu sembles oublier : la réalité »,
  • « Tu sais, ce machin bizarre qu’on appelle la Constitution Française »,
  • « Qu’est-ce qu’il y a de mal à vouloir être libre sans que l’État vienne mettre son nez dans ma vie ? »
  • « Le chômage est un problème économique, pas politique. Si c’était politique, ils auraient résolu le problème depuis longtemps. »
  • « Si tout le monde avait du travail, les politiciens auraient beaucoup moins d’importance. »

Exemple d’arguments bidons et de réponses possibles. Notez qu’en général, cela commence par « Si je comprends bien, tu…  » ou encore « En fait, tu… » :

Affirmation :
« Tu es pour les riches »
Réponse:
Oui, je veux rendre tout le monde riche… même les pauvres.

Affirmation :
« Tu es contre les pauvres »
Réponse:
Même réponse que ci-dessus mais en prime : C’est toute la différence avec les socialistes. Ils aiment tellement les pauvres qu’ils en produisent à tour de bras.

Affirmation:
« Tu es un Nazi »
Réponse :
« Nazi vient de national-socialiste. Et dans nationnal-socialisme il y a socialisme ».

Vous pouvez ne pas attendre l’affirmation et vous pouvez parfaitement retourner les arguments avant même l’attaque.

Conclusion provisoire
Il faut être prêt en permanence. Avoir l’esprit alerte, vive et incisif. Se répéter sans cesse nos arguments, en douter. Admettre l’échec non comme un inhibant mais comme un stimulant.

Dites vous une chose:

« Le mal ne triomphe que parce que les hommes de biens n’ont rien fait. »
A. Einstein.

Vous pouvez bien sûr dans les commentaires, mettre vos arguments 🙂

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3 réflexions sur “Manuel du combattant libéral

  1. L’ultra-libéralisme est dictatorial car il veut proposer des solutions qui sont majoritairement rejetées.
    Les solutions exposées par l’ultra-libéral (individu essentiellement individualiste et souvent radin donc affublé de deux tares) sont combattues par une majorité qui, légitimement, exprime vers où elle veut aller et par quels moyens y parvenir et n’entend pas adhérer à des idées minoritaires.
    L’ultra-libéralisme minoritaire veut imposer un changement de cap que personne ne souhaite une dérégulation que personne ne désire ou l’affaiblissement des états que personne ne demande.

    • Comme je l’ai dit dans l’article, l’ultra-libéralisme n’existe pas. C’est un mythe. Ça veut dire quoi ? Ultra libre ???
      Les individus sont individualistes ?? Tiens donc ? Énorme découverte de votre part. C’est vrai qu’il vaut mieux être lobotomisé à la Orwell. Et fatalement, radin qui est un jugement de valeur. Je n’ai pas honte à dire que je n’aime pas payer plus cher que je ne le devrais. Je ne suis pas riche et je fais attention à mon budget. Peut-être est-ce une tare que je partage avec tout ceux qui ont connu la misère la plus crasse.
      Vous dites : l’ultra-libérral comme d’autres parlent des juifs… Vous êtes censé être internationaliste, tolérant, et tout plein de bons sentiments, non ? Après tout, le Bien est censé être de votre côté non ?

      Merci par ailleurs de me donner des chiffres pour ce qui est de « la majorité » des personnes. Je pense que les 47 % des personnes qui ont votés F. Hollande ne représentent pas une majorité (déduction faite des votes blancs, et je vous fais grâce de ne pas prendre en compte les abstentionnistes).

      J’aimerais aussi dire que je suis très content d’être passé au-dessus de la ligne de visibilité des Collectivistes. Je suis vraiment content que mon blog plaise à ce point. Je vais redoubler d’articles 🙂

  2. Ouais, pas mal, le ton de cet article me plaît vraiment 🙂 j’avais déjà expérimenté ce genre de combat (toutefois dans un autre domaine que celui du libéralisme, un truc du genre liberté et vérité) mais je retrouve des situations bien connues, et des règles de la communication dont il faut vraiment s’imprégner pour affronter ses adversaires, qui eux ne se gênent pas d’utiliser le mensonge. Je trouve cet article vraiment tonifiant, je vais continuer à me former moi-même, et attends la suite des articles sur ce blog, merci 🙂

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